21 nov. 2013

Shanghai how to do No.10 - Le mic-mac des fapiao

Mise à jour article juillet 2014

Que vous soyez en Chine depuis longtemps ou non, vous avez forcément entendu parler des fāpiào 发票, lorsqu’un ami ou collègue a prononcé ces 2 syllabes à l’issue d’un repas, d’une course en taxi ou d’un quelconque achat. Vous avez d’ailleurs dû lui demander ce qu’il baragouinait, et son explication évasive sur fond de « t’inquiètes c’est pour me faire rembourser par ma boîte » vous a laissé dubitatif !

Alors, la fapiao, c’est quoi ?
Littéralement, fapiao veut dire facture. En Chine, il s’agit de la facture officielle : pour qu’un commerçant puisse l’éditer, il faut qu’il soit dans les règles, donc s’il édite des fapiao, c’est qu’il paye une taxe au fisc.
Elles sont différentes des tickets de caisse ou simple notes shōujù 收据, qui ne valent rien au niveau comptabilité. Elles sont reconnaissables (et véritablement officielles !) si elles sont estompées de deux tampons rouges : celui de l’entreprise émettrice et celui de l’administration fiscale.

3 types de fapiao


#1 la diànnǎo fāpiào 电脑(ordinateur) 发票
Il s’agit de la facture la plus courante, celle éditée par ordinateur. Les restaurants, taxis et grands commerces fournissent ce type de fapiao, le format est officiel.


#2 la pǔtōng fāpiào 普通(ordinaire) 发票
C'est une facture plus rudimentaire, issue d’une sorte de carnet de fapiao (chéquier). Le vendeur rédige à la main les infos du produit concerné dans les cases prévues pour cela. Elle est utilisée dans les plus petits commerces, telles que les boutiques de souvenir sur les lieux touristiques.

#3 la dìng'é fāpiào (quota) 发票
Ici, il s’agit des factures "par quota", c'est-à-dire dont le montant sur le ticket est fixé (1rmb à 100rmb). On reçoit ce genre de fapiao lorsque l’on recharge sa carte de transport en commun aux accueils des métros par exemple.






Vous pouvez également obtenir des fapiao de vos courses faites en grande surface : avec votre ticket obtenu à la caisse, il faudra vous rendre à l’accueil du magasin et la demander (sauf à Metro et Watson dans lesquels on vous délivre une fapiao directement en caisse).

Dans la plupart des restaurants, hôtels ou même magasin alimentaire, on vous demandera si vous désirez mettre la fapiao à votre nom 个人 gèrén ou à celui de votre entreprise  gōngsī (précisez-le le cas échéant).


Ce que dit la loi
La loi en République Populaire de Chine nous autorise, pour tout achat d’un produit ou service d’un montant supérieur ou égal à 10rmb, à demander cette fameuse fapiao.
Seulement voilà, parfois les petits commerces soucieux de ne pas payer trop de taxes rechignent à les fournir, parce qu’émettre le moins de facture possible minimise évidemment le montant à déclarer.
De même, si votre propriétaire ne veut pas vous fournir de fapiao d’appartement, c’est qu’il ne veut pas déclarer son revenu locatif au fisc, tout simplement !

Quel intérêt à demander la fapiao ? 
La raison la plus évoquée est le remboursement sur frais par son entreprise, et ce n’est pas valable que pour les étrangers établis à Shanghai ! En effet, les impôts en Chine sont relativement élevés, et les fapiao sont une bonne parade afin d’éviter de donner tout son argent à l’état !
Comment ? Il est courant en Chine de proposer à un employé de lui donner son salaire en 2 parties : son salaire qui sera soumis à impôts, et une certaine somme en plus qui lui sera donnée en liquide sur présentation de fapiao, remboursements qui ne seront pas imposés.
Les chinois font également une réserve de fapiao pour le nouvel an, car c'est à ce moment là que les entreprises offrent les bonus aux employés, et ce bonus étant l'équivalent d'un à trois mois de salaire, il est bien sûr préférable de ne pas avoir à payer de taxes dessus !

Heureux au grattage ?
Demander la fapiao ne fait pas partie de nos habitudes, à vous et moi … mais ça c’était avant de savoir ce qui suit : le gouvernement, dans un élan de bonté (non c’est pas vrai, il veut juste endiguer le problème et éradiquer tous ces fraudeurs !) a sorti de son chapeau une solution qui allie ses propres intérêts et le penchant certain des chinois aux jeux d’argent ! Une petite case argentée à gratter (celle du dessus), avec des gains allant de 5rmb à quelques milliers de rmb, c’est tout ce qu’il fallait pour que l’on n’oublie pas de demander le précieux en fin de repas ! Bien sûr, il est rare de gagner, mais la gratuité du jeu pousse à demander le petit papier : le consommateur a reçu sa petite dose d’adrénaline (voir a gagné!), le gouvernement est gagnant car l'achat concerné sera taxé !
Parfois, le restaurant invoquera une imprimante cassée, proposera une boisson gratuite, voir même une mini ristourne sur votre note finale si vous acceptez de ne pas recevoir de fapiao.

En grattant la case au milieu, vous trouverez une suite de chiffres sans véritable intérêt : il s'agit d'un code afin d'authentifier que c'est une vrai fapiao, et pour ce faire il faut se rendre sur un website tout en chinois!

Après la théorie, la pratique : à la fin d’un repas au restaurant, précisez que vous n’avez pas besoin de la fapiao et voyez si l’on vous offre une petite déduction "Bùyào fāpiào duōshǎo qián? 不要发票多少钱?"
OU demandez-là, et tentez votre chance au grattage !
Si c’est une petite somme, le restaurant vous la donnera en liquide. Pour les plus gros gains, il faudra se rendre à la banque.

Moi j'ai choisi : je réclame ma fapiao ! Mais pour le moment, je n'ai pas été très chanceuse ...

Trafic de fapiao
Oui, car évidemment, la corruption est de rigueur en Chine.
Il n’y a qu’à voir les femmes chinoises qui crient "fapiao fapiao fapiaoOOOO" a proximité des gares ferroviaires ou dans certaines stations de métro : elles vous vendent des fapiao de taxi ou repas pour un pourcentage de la somme totale, et ensuite vous faites ce que vous avez à faire avec. J’ai également déjà vu des chinois demander des dìng'é fāpiào aux accueils des stations de métro : ils ne viennent pourtant pas recharger leur carte, mais doublent tout le monde dans la file, formulent une demande rapide et l’employé ne rechigne pas à leur en donner quelques unes...étrange !